Introduction
La démocratie dans l’Education nationale, en particulier la démocratie lycéenne, est l’objet de diverses critiques. Elle serait peu visible, peu représentative et surtout elle ne ferait pas le poids pour contrebalancer les associations lycéennes qui veulent représenter les lycéens alors que leur légitimité est nulle.
Nous analyserons donc plus précisément les problèmes que rencontre la démocratie lycéenne puis les solutions qu’il est nécessaire d’y apporter pour y remédier et porter un vrai projet de réforme pour une vraie démocratie dans l’Education Nationale.
I une démocratie lycéenne qui va mal
D’abord, le fonctionnement de la démocratie lycéenne est complexe :

C’est un fonctionnement pyramidal qui fonctionne entièrement sur la démocratie indirecte et en plus les lycéens ne sont mêmes pas informés sur le fonctionnement de leurs institutions qui ne jouent qu’un rôle consultatif. Le résultat du manque de pouvoir et d’information sur le fonctionnement des institutions lycéennes est l’abstention très élevée des lycéens aux élections du CVL. Les CVL sont souvent cantonnés à régler les problèmes de base de la vie lycéenne comme l’organisation du bal de fin d’année ou le problème des foyers.
Les lycéens ne connaissent ni l’étendu des sujets qu’abordent le CVL ni ce qu’il y a derrière.
Vu que le CVL est surtout une structure consultative qui reçoit des sous pour gérer quelques animations et le bal de fin d’année, les lycéens ne voient que ça.
Ensuite, le CAVL est très limité dans ses prérogatives. Cette structure de consultation est sensée réaliser des projets au cours de l’année mais tout dépend de la volonté du délégué académique à la vie lycéenne (DAVL). Certaines académies qui ont un DAVL actif plusieurs projets alors que d’autres ne font même qu’un projet voir même aucun. Par exemple, un CAVL avait préparé péniblement un projet qui s’est vu annulé par le recteur en raison des manifestations.
Beaucoup d’élus de CAVL sont frustrés de voir que leurs contributions servent aussi peu et aimeraient avoir plus de responsabilités.
Le CAVL ne se réunit que 3 fois par an à l’initiative du recteur, ce qui est peu pour organiser beaucoup de projets.
En plus, les choses ne vont pas beaucoup mieux au CNVL. Il ne fait que deux réunions par an qui dure deux heures à peine et ils ne sont pas très écoutés par le ministre.
Et pour le CSE, il n’y a que trois élus lycéens sur 95. Les lycéens sont clairement sous représentés. Et Le CSE qui est sensé représenter toute la communauté éducative n’est même pas connu des enseignants ou des ATOS eux même.
Le CSE est aussi victime de toutes les convoitises par les associations lycéennes.
En effet, les médias jugent une association lycéenne au nombre de postes qu’elle a au CSE. Ainsi l’UNL qui a deux sièges sur trois est considérée comme le premier syndicat lycéen alors que les postes au CSE sont élus de façon très indirecte par les lycéens.
Et parmi les lycéens, très peu connaissent le nom des associations lycéennes et quasiment aucun ne connaît de nom les trois représentants au CSE.
Nous arrivons donc aux gros problèmes des élus lycéens au CAVL, CNVL et CSE, ils manquent de légitimité. Des élus ne peuvent pas défendre correctement ceux qu’ils sont sensés représentés, s’ils n’ont aucune légitimité. Surtout que ces élections sont tellement pyramidales que ça en devient absurde. En effet, imaginez que les Français n’élisent que leur seul conseil municipal qui élirait à la fois le conseil général et le conseil régional et ces derniers qui éliraient ensuite le sénat et le parlement. Or de la même manière qu’un conseil municipal ne rencontre pas les mêmes problèmes qu’un conseil général ou régional et encore moins ceux de l’Assemblée Nationale ou du Sénat, le CVL ne rencontrera pas les mêmes problèmes qu’un CAVL, un CNVL ou un CSE. Un lycéen peut être apprécié pour ses compétences de gestion au niveau local par les élèves de son lycée mais ces derniers n’approuveront pas forcément ses idées sur la politique que doit mener le recteur ou le ministre de l’Education Nationale.
Sauf que le CSE qui est la plus haute instance suprême où est sensé être représentée la communauté éducative n’est pas très médiatisé puisque c’est le Haut Conseil à l’Education (HCE) qui occupe l’espace médiatique. Le HCE est nommé par le président de la république, il n’est donc pas du tout représentatif de la communauté éducative mais c’est lui qui a autorité sur les questions d’éducation, ce qui est choquant.
II Pour une vraie démocratie représentative dans l’Education
Réformer la démocratie lycéenne certes, mais surtout il faut créer une véritable démocratie sociale où l’ensemble de la communauté éducative serait représenté. Il faut des institutions fortes qui puissent être identifiées et reconnues comme légitime par l’ensemble des membres de la communauté éducative.
Nous ne voulons pas changer les institutions mais la hiérarchie et son rapport avec la communauté éducative.
A chaque niveau, il doit y avoir une institution qui fait autorité élue au suffrage direct.
À un niveau, une institution
Dans l’Education Nationale, il existe trois niveaux : l’établissement, l’académie et le ministère. Il faut donc trois institutions qui fonctionneraient comme de vrais conseils qui fonctionneraient comme les collectivités territoriales. Nous aurions donc : le conseil d’administration, le conseil académique et le parlement national de l’Education. Les élèves du privé comme du public doivent être associés à cette démarche.
• Le conseil d’administration (CA)
Il y a déjà un conseil d’administrations dans chaque établissement scolaire.
Seulement les lycéens sont sousreprésentés et le CA n’a pas énormément de pouvoir sur la vie du lycée. Ainsi, il faut articuler la vie du lycée autour du CA qui s’entourerait de commissions exactement comme un conseil municipal.
Le CA pourra donc s’entourer d’une commission à la vie lycéenne à fonctionnement paritaire exactement comme le CVL.
Et si on fait du CA, une institution forte, il est logique qu’elle gère l’ensemble des membres de la communauté éducative directement (élèves, parents, ATOS, profs etc…). Chaque CA serait accrédité d’un budget en fonction du coût de ses élèves et le répartirait selon les besoins, les professeurs rendraient directement des comptes au CA et donc à la direction.
De plus, les lycéens n’ont actuellement que 5 représentants sur 30.
Une composition plus juste du conseil d'administration avec une élection directe des représentants lycéens donnerait ceci. On garderait le même nombre de conseillers mais le nombre de conseillers lycéens serait multiplié par deux:
*3 représentants du personnel de la direction de l'établissement,
*le conseiller principal d'éducation ou le conseiller d'éducation le plus âgé,
*7 représentants des personnels d'enseignement et d'éducation,
*3 représentants des personnels administratifs, sociaux et de santé, techniques, ouvriers et de service,
*4 représentants élus des parents d'élèves, lycées
* 10 représentants élus des élèves, lycées
*2 représentants des élus locaux,
*et éventuellement 1 personnalité qualifiée.
Enfin pour que les établissements publics aient un fonctionnement plus démocratique, on pourrait envisager une élection du directeur d’établissement par le CA. Ce qui serait parfaitement cohérent dans le cadre d’un lycée autonome.
• Le conseil académique
Le conseil académique ne ferait que s’établir sur l’ancien CAVL mais ce serait le conseil de l’ensemble de la communauté éducative dans l’académie.
Il avaliserait les projets du recteur et les financements de la région.
Pour plus de cohérence, il serait logique d’aligner les académies sur les régions, ainsi chaque académie serait financée par une région.
Le conseil académique pourrait mener diverses initiatives concernant la vie des établissements.
Le conseil académique comprendrait 40 élus: 16 d'élèves (13 lycéens et 3 collégiens), 4 parents d'élèves, 10 enseignants, 4 représentants du personnel de direction d’établissements, 4 représentants des personnels administratifs et 2 parlementaires (1 conseiller régional et 1 conseiller général).
N’oublions pas les collégiens qui doivent être aussi associés aux projets d’académies visant à la fois les collèges et les lycées pour permettre de voir à long terme.
Toujours dans un souci de cohérence de gestion des fonds, les collèges devraient être financés non pas par le conseil général mais par le conseil régional pour permettre à ce dernier de mener facilement des projets entre les deux types d’établissement de l’académie.
• Le Conseil Supérieur de l’Education
Le Conseil Supérieur de l'Education comprendrait 100 élus: 30 d'élèves (22 lycéens et 8 collégiens), 20 parents d'élèves, 25 enseignants, 10 représentants du personnel de direction d’établissements, 10 représentants des personnels administratifs et 5 parlementaires (3 députés et 2 sénateurs).
Le mode de scrutin serait la proportionnelle simple à la plus forte moyenne sans aucune prime pour obtenir une représentativité optimum. On éviterait alors que certains groupes aient une grande partie des représentants alors qu’ils ne seraient que minoritaires. Cependant, il y aurait un seuil de 5% pour entrer dans le Conseil Supérieur de l’Education.
A chaque début de législature de l’assemblée nationale, le gouvernement signerait un contrat de législature avec le Conseil Supérieur de l’Education qui fixerait les objectifs et les moyens pour la durée de la législature.
Ainsi, la communauté éducative saurait ce qui l’attendrait d’une année sur l’autre et on pourra mettre en place une politique d’éducation ambitieuse et cohérente. Et comme le conseil constitutionnel, il y aurait un droit de saisine.
Si 15 conseillers du CSE ou 5% de la communauté éducative demandent à ce que le conseil révise une loi, celui-ci la vote et si ce dernier s'avère négatif, la loi est abrogée. Le CSE peut être aussi à l'initiative de lois et le droit de saisine s'applique là aussi.
Les avantages de ce système sont nombreux :
- on évite que le gouvernement passe des projets de loi en force à l’encontre de l’avis de la communauté éducative.
- Et aussi, vu que les projets de loi auront été adoptés avec le consensus de la communauté éducative, on évite les grèves et les blocus d’établissements.
- Et surtout le gouvernement pourra s’adresser à des interlocuteurs qui représenteront vraiment l’Education Nationale dans son ensemble coupant le pied à certaines organisations qui s’arrogent la représentation de la communauté éducative dans les discussions avec le gouvernement.
A part les élèves élus qui auraient un mandat de deux ans et les parents pour trois ans, tous les autres membres de la communauté éducative auraient un mandat de cinq ans.
Conclusion
Une meilleure représentativité des élus et une meilleure cohérence des institutions représentatives de l’Education Nationale doivent être les maîtres mots de la réforme que nous voulons lancer.
Ce sont les conditions sine qua non pour obtenir un dialogue social en France et permettre des réformes structurelles de l’Education Nationale.
Et une gestion plus démocratique et plus décentralisée serait plus efficace et plus proche des réalités du terrain.
Pour finir, n’oublions pas que la démocratie dans l’Education Nationale doit s’accompagner d’un vrai processus d’éducation à la citoyenneté des élèves, c’est le sujet d’un autre de nos dossiers.
Voilà, le premier dossier sur la démocratie lycéenne.
Pour les chiffres, ils sont toujours révisables et ajustables.
Nous attendons avec impatience vos contributions pour améliorer ce dossier (j'en profite pour remercier tous ceux qui m'ont adressé des critiques et permis d'affiner le dossier).
Allez-y, lâchez vos coms!!! (un peu de détente, ça fait du bien)
Etienne Borocco
Co-président de la LDL

